Nadia Janin
Psychologue etDESS de Psychologie
clinique et de
Psychopathologie
A l'Université de
Lyon II
Je suis psychologue et consulte à l'hôpital, en Centre Médico Psychologique, à domicile pour les personnes invalides et à mon cabinet.
http://www.n-janin-psychologue-lyon-caluire.com/
Nous trouverLe rôle du psychologue
Il intervient dans tous les domaines de la société (éducation, santé, social, travail etc) pour préserver, maintenir ou améliorer le bien-être ou la qualité de vie de l’individu et sa santé psychique, développer ses capacités ou favoriser son intégration sociale. Par conséquent, selon sa spécialisation, il utilise des méthodes d’intervention spécifiques basées sur des approches théoriques et pratiques variées.
Psychologue clinicienne et formée à la psychologie en thérapie familiale, de couples et psycho infantile
Je pourrais vous apporter mon aide dans différents domaines et grâce à divers outils tels que la sophrologie, la relaxation, en réalisant des tests projectifs ou d’intelligence
Publié le 28 juin 2008 à 19:02:31 dans Rôle du psychologue | Commentaires (0) | Permaliens
COMPORTEMENTS DYSHARMONIQUES (caractériels)
ACCOMPAGNEMENT GROUPAL D ENFANTS DE MOINS DE 6 ANS AYANT DES COMPORTEMENTS DYSHARMONIQUES (caractériels)
APPROCHES CONCLUSIVES SUR L’ELABORATION DE L’ENVELOPPE PSYCHIQUE DU GROUPE D’ENFANTS ;
Par cette partie, je complète et finalise ce dossier concernant le suivi d’un groupe d’enfants, via la médiation d’instruments de musique. Ces derniers sont utilisés comme objets de
transformation pour jouer, de fantasmatisation et une manière de rencontrer l’Autre.
Je rappelle que ce groupe de 5 enfants 4 garçons et 1 fille sont des enfants scolarisés en primaire (qui ont entre 5 et 6 ans), ils présentent des difficultés d’apprentissage, surtout de
comportements dysharmoniques et pour certains de dysharmonie évolutive. Certains ont des pathologies différentes (inhibés, hyperagités, pré-psychotiques), mais partagent tous un
nombre de difficultés : une communication malaisée et une parole plutôt comme mode d’action que comme langage du moins lors des 1ères séances. A une période de leur vie où ils
affrontent le monde de latence pré-pubertaire qui éveille beaucoup d’angoisses et d’interrogations inexprimables, et un manque d’appropriation de ce qu’ils connaissent.
L’hétérogénéité de leur pathologie offre aux enfants une confrontation des manières différentes de comprendre les situations et d’y réagir.
Le groupe est animé par deux infirmiers : 1 infirmière gardienne du cadre et observatrice, et 1 infirmier qui jouera plus directement avec les enfants, et moi (stagiaire psychologue). Cela
se déroule ¾ heure,
1 fois par semaine.
Après ce résumé de la situation, je veux aborder cet accompagnement de manière plus groupale que je n’ai pu le faire précédemment. En commençant par reprendre les angoisses des
enfants qui se sont révélées durant les séances, et l’évolution de l’enveloppe psychique de ce groupe. (ou encore un contenant de pensée que les enfants comme les soignants ont pu
construire).
Il me semble que notre travail de soignants a comme perspective principale l’élaboration des contenants de pensée archaïques, avant de travailler avec le contenant langagier. En effet,
ce dernier s’inscrit dans la psyché sur les contenants archaïques et en particulier le schéma corporel. Il nous fallait en tant qu’intervenant avoir le souci permanent de « contenir » les
angoisses persécutives et les mouvements de destructivité, en consolant, rassurant, maintenant, physiquement au besoin les enfants en désarroi, et les empêchant de détruire ou
attaquer eux-mêmes, leurs camarades ou le cadre institutionnel.
Ainsi, en tant que soignants avec une sensibilité particulière pour les soins psychiques, nous sommes là dans le cadre du jeu symbolique, pour favoriser l’extériorisation symbolique des
conflits intra-psychiques, ce qui permet leur inscription dans le transfert et l’interprétation de celui-ci.
C’est donc plutôt un groupe sonore avec des instruments comme le bâton de pluie, le tambourin, castagnettes etc.. qui remplacent parfois les mots, le son traduisant ce que l’on veut
dire ou ressent, et permettant d’associer avec des scénarios qui sont mis en scène par les enfants avec l’aide des soignants..
Par exemple : « lors d’un scénario de monstre et de fantôme, l’infirmier transforme un instrument de musique creusé en faisant ouh ! ouh !, qui est amplifié dans les tons de grave et
imite la manière dont on se représente, fantasme les cris du monstre. Cet instrument servira jusqu’à la fin des séances un nouvel objectif, et sera identifié comme la voix du monstre et
fantôme, les enfants l’utiliseront chaque fois qu’ils voudront prendre ce rôle. Ils exprimeront par-là, leur propre peur ou testeront leur puissance à se faire craindre tout en jouant.
Il a été question de la différence des sexes et ensuite des générations durant de travail de groupe.
Elisabeth à travers la scène d’accouchement (elle est coincée sous le tunnel que forme les chaises côte à côte), jambes écartées, elle est aidée par les autres enfants pour sortir, en
disant aux uns et aux autres : « pousses-là, tires-lui les jambes, oh ! isse. » Il semble que la scène primitive est directement liée à la naissance des enfants.
Un des thèmes qui surgit durant de nombreuses séances est la mort. On tue, on est tué, on parle des catastrophes extérieures relatées aux informations ou dans les films. Il me semble
que ces scènes groupales n’ont peut être pas comme seul objectif d’évacuer des pulsions meurtrières, interrogent aussi sur celles des origines et le devenir du sujet, et soulignent la
position dépressive du groupe.
L’appartenance à ce dernier lie les participants par des blessures réelles ou symboliques et signifient leur participation à un corps commun. Il s’agit là d’un des organisateurs qui selon
Anzieu1, est l’enveloppe psychique groupale.
Il y a eu des séances qui se sont particulièrement distinguées par leur agressivité verbale et/ou gestuelle, me mettant comme je l’ai déjà décris dans le dossier dans une attitude de
sidération ou, de passage à l’acte : en enlevant les instruments de musique car je n’arrivais plus à supporter ce vacarme.
Ou encore la scène où Elisabeth et Karl crient à tue-tête : stop ! en rétorsion avec le couplage que forme Merick et Thierry pour jouer. Les deux couples formés entrent en relation sur le
mode agressif, voire persécutoire. L’agressivité monte en crescendo au point que Merick peut bousculer ou crier encore plus fort les enfants plus fragiles du groupe qui semblent prendre
de la place. Ils ne veulent pas partager leur gâteau symbolique et respectif que revêt le tambourin.
Dans cette scène, il y a d’abord l’agressivité qui semble la première manière d’entrer en relation. Ce qui suscite l’attention du leader (Merick), puis par l’intervention du soignant pour
l’arrêter dans ses pulsions destructrices, ce dernier lui fait prendre conscience de sa propre agressivité. Freud2 distingue : « la pulsion sexuelle et pulsion d’emprise, et suggère que le
désir de savoir advienne par une érotisation de la pulsion d’emprise (celle-ci se manifeste au début par des comportements agressifs et cruels mais qui ne sont pas chargés d’une
intention de cruauté chez l’enfant).
Ensuite le tambourin, a une fonction contenante, telle que Kaës la décrit (l’objet s’offre en réceptacle passif, inerte au dépôt des sensations), pour la parole groupale. A l’entrée en relation
avec le sexe opposé de manière agressive succèdera la reconnaissance de la sexualité basée sur la différence des sexes. Elisabeth l’a bien compris, en essayant de séduire tour à tour
chaque garçon.
Elle reste clivée, « manque » de prise de parole, et la mise en relation et la reconnaissance de son existence dans le groupe se passe sous un mode érotisé. Alors que les garçons sont
sensibilisés à la question du manque, et organisent les fantasmes groupaux.
La venue d’ Henri en cours d’année avec le malaise que cela semble avoir créé surtout au début, plutôt chez les adultes, fait apparaître que le groupe fait déjà corps et que la différence
entre le dedans et le dehors résonne. Ce qu’on retrouve avec la question du secret amené par Merick : « on ne dit pas aux parents ce qui se passe ici », ce qui marque la représentation
de la différence qu’il y a entre une parole individuelle et groupale. Le groupe en tant que représentant d’un monde interne est capable de garder un secret et induit une capacité
« d’introspection. »
Les dernières séances évoquent la difficulté des enfants à se séparer du groupe par le biais de fantasmes de mort et d’attaques du cadre, les enfants deviennent plus « ranchoneurs »,
boudent, s’isolent. Ils manifestent leur mécontentement pour manifester la difficulté à se séparer du groupe. Comme ils le manifestent quand l’un d’entre nous, adulte est absent, ils
font parfois les « fous ». L’agressivité liée à l’absence d’une personne du groupe, confirme le fait que le cadre fait partie des participants, ainsi que le fait que le groupe est fantasmé en
tant que corps, et l’absence d’un de ses membres fait apparaître l’angoisse de morcellement du corps et du psychisme. Ce qui permet d’exprimer des affects personnels différenciés.
J’introduis de cette façon la dimension du cadre et les conséquences de ses failles au niveau du groupal. Arrive- t-on à subjectiver suffisamment l’absence de l’un d’entre nous ? Au
point que j’ai préféré (je fais l’hypothèse que les autres soignants aussi) suspendre une séance que de me retrouver seule à jouer avec les 5 enfants. Je me suis sentie incapable
d’assumer cette tâche, de les accompagner dans leur imagination, sans mon collègue infirmier. Je remarque ma difficulté durant les séances et dans l’élaboration groupale à faire la
différence entre ce qui peut être d’une parole concernant des fantasmes et d’une parole concernant la réalité.
J’ai pris conscience du rôle de réceptacle, de contenant pour leurs projections, leurs angoisses de morcellement que les enfants m’ont assigné inconsciemment, mais j’ai été dans
l’impossibilité de pouvoir me laisser aller à des fantasmes et à symboliser.
J’ai eu du mal à rendre compte du matériel clinique de ce groupe. J’ai pensé au départ m’inscrire dans une linéarité l’histoire de ce groupe pour relater dans cette même dynamique le
cheminement de tous les enfants pris en charge. Mais il m’a été très difficile de restituer une ambiance de groupe, soignants compris, en relatant les expériences de transfert et contre-
transfert que nous aurions pu élaborer dans l’après-coup, et les échanges qui se construisent au fil des séances.
Je rattache cette difficulté à la pathologie des enfants dans l’attaque destructrice de tout ce qui peut engendrer un éprouvé de séparation « (attaques des liens, de la pensée…par clivage
et projection) dans le registre psychotique et pré-psychotique. » selon A.Ciccone et M.Lhopital.
Je précise que ces aspects m’ont parfois submergés, découragés tant l’avancée peut paraître chaotique (avec des impressions de régression, de stagnation).
J’ai donc choisi dans le dossier de partir de moments singuliers de ses enfants, pour comprendre comment a été élaborée la vie de groupe.
En m’attachant à la façon d’être et de cheminer dans le groupe pour chaque enfant, j’ai continué à me laisser englué dans une éternelle répétition, comme les enfants au début, j’étais
incapable d’investir positivement mon fonctionnement psychique, comme source de plaisir. « Les enfants développent de manière défensive un processus « anti-pensée », « anti-
symbole » et anti-émotion », qui leur permettent de tenir à distance les sources d’excitation liées en particulier chez eux à l’alternance présence-absence de l’autre, et d’écarter des
angoisses de séparation massives. »3
Dans l’espace temps du groupe, je crois que la mise à disposition d’un environnement suffisamment fiable, contenant et souple, tend à favoriser l’émergence d’une enveloppe psychique
plus construite et l’accès à une forme de symbolisation, permettant à l’enfant d’oser de nouvelles expériences, de nouvelles rencontres.
Dans ce groupe chaque enfant à sa manière m’a semblé mettre en travail cette constitution d’un espace « intérieur » : par le rituel de départ (ronde et se dire bonjour avant de jouer des
instruments) et par le rituel de fin (ranger, se dire au-revoir, et faire le petit train où chacun semble avoir intégré une place assignée par les autres), par un attachement à des objets
privilégiés, sonores.
Ce groupe semble souvent devoir ré-interroger cette « enveloppe psychique groupale contenante » ; le thème de l’attachement au cadre, de l’adhésion au groupe restent toujours
présents.
C’est à partir de cette « base » que le groupe travaille à l’intérieur l’établissement de liens, de liaisons solides et fiables, exprimant aussi la crainte de la fragilité de ces liens et du
groupe.
J’ai proposé quelques séquences cliniques pour témoigner de la constitution de cette enveloppe psychique groupale, amenant les enfants à se construire et à s’approprier un contenant
un peu plus solide, tout en marquant la fragilité de cette enveloppe naissante. (comme la venue d’Henri dans le groupe, ce que j’ai également inconsciemment marqué dans l’analyse
précédente dans mon dossier, en faisant une analyse clinique du groupe de manière plus morcelée.
Ce qui me semble avoir été démontré toute l’année est que le groupe apparaît comme étant un espace temps d’expériences.
« Apprendre à jouer » constitue comme dans la psychothérapie classique un outil, un modèle très fécond, articulé aux trois autres : loi, soin et rêve. »selon M. Sassolas4
Publié le 28 juin 2008 à 19:00:56 dans Evaluation psychologique | Commentaires (0) | Permaliens